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Recommandations relatives à l’identité de genre et à l’usage des pronoms en contexte clinique

Recommandation no 1

L’identité de genre des patientes et des patients doit être abordée au moyen de questions ouvertes.

Recommandation no 2

La section d’identification du dossier de la personne soignée doit comprendre un espace réservé aux renseignements additionnels que celle-ci a consenti à y faire consigner.

Recommandation no 3

La clinicienne ou le clinicien, ou l’étudiante ou l’étudiant, doit tenir compte de ses propres besoins au moment de décider s’il est pertinent de mentionner son identité de genre ou ses pronoms lors d’une rencontre avec une personne soignée.

Recommandation no 4

Lorsqu’une discussion avec d’autres cliniciens porte sur une patiente ou un patient dont vous ne connaissez pas les pronoms, utilisez une formulation générique comme « la personne que je soigne » si vous devez préserver la confidentialité de cette personne; sinon, utilisez le nom de la personne.

Précisions relatives aux recommandations

L’approche axée sur la clientèle consiste à offrir des soins respectueux des préférences, des besoins et des valeurs de la personne soignée, et adaptés à ceux-ci. Les cliniciens doivent chercher à établir un lien de confiance avec leurs patients, de manière à ce que ces derniers se sentent compris, valorisés et appuyés. Cette approche doit également s’appliquer aux proches aidants des patients, notamment aux parents et aux tuteurs lorsqu’il s’agit d’enfants.

L’approche axée sur la clientèle exige également que la clinicienne ou le clinicien adapte son comportement et ses méthodes en fonction du point de vue de la personne soignée, ainsi que des facteurs contextuels. Pour déterminer s’il convient d’aborder la question du genre et des pronoms lors des consultations, les cliniciens doivent tenir compte d’abord et avant tout des besoins et du point de vue de la patiente ou du patient.

Voici quelques recommandations destinées aux étudiantes et étudiants de l’École de physiothérapie et d’ergothérapie qui travaillent en milieu clinique :

Recommandation no 1
L’identité de genre des patientes et des patients doit être abordée au moyen de questions ouvertes.

Le genre et les pronoms sont des éléments importants de l’identité de certains patients, mais tout le monde n’est pas à l’aise de répondre à une question directe à ce sujet. Il convient donc de poser des questions ouvertes qui permettent au patient ou à la patiente de communiquer uniquement les aspects de son identité, de son mode de vie, de ses croyances et de sa culture qu’il ou elle juge pertinents dans le contexte de la consultation. Si l’identité de genre n’est pas directement liée aux besoins, aux objectifs ou aux attentes du patient, le clinicien ne doit pas y porter une attention particulière.

Voici une façon appropriée d’amorcer une rencontre avec une patiente ou un patient :

« Le nom indiqué sur votre [dossier / formulaire d’accueil] est _________. »

Puis :

« Comment souhaitez-vous que je m’adresse à vous? »

Cette approche donne au patient la possibilité d’exprimer ses préférences quant au degré de familiarité, au nom et aux pronoms à utiliser, ainsi qu’à tout autre renseignement que la personne est à l’aise de communiquer d’emblée. Si ces questions ne permettent pas d’obtenir tous les renseignements souhaités, il est possible de poursuivre avec la question suivante :

« Avant de poursuivre, y a-t-il autre chose que vous aimeriez que je sache à votre sujet ou au sujet de vos attentes à mon égard? »

Cette approche permet au patient de garder un certain contrôle sur la première consultation et de communiquer au clinicien les renseignements qu’il juge pertinents. Si une patiente ou un patient mentionne ses pronoms ou certains aspects de son identité de genre, le clinicien ou l’étudiant n’est pas tenu d’en faire autant (voir la recommandation no 3). Il doit toutefois prendre acte de l’identité du patient et répondre à ses besoins.

Si les questions ouvertes ne permettent pas d’obtenir des renseignements sur le sexe, l’identité de genre ou les pronoms de la patiente ou du patient, le clinicien doit attendre avant d’aborder ces sujets plus directement, jusqu’à ce qu’un lien de confiance suffisant soit établi, que la personne décide elle-même d’en parler ou que ces renseignements deviennent nécessaires à la poursuite de la consultation (p. ex., si un examen thoracique ou pelvien est requis, ou encore dans le cadre d’une évaluation de la capacité de la personne à s’habiller, à prendre une douche ou à assurer son hygiène personnelle).

Recommandation no 2
La section d’identification du dossier de la personne soignée doit comprendre un espace réservé aux renseignements additionnels que celle-ci a consenti à y faire consigner.

Toutefois, selon l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ), les seuls renseignements devant obligatoirement apparaître dans la section d’identification d’un dossier de physiothérapie sont les suivants :

  • Nom et prĂ©nom
  • Sexe
  • Date de naissance
  • °ä´Ç´Ç°ů»ĺ´Ç˛Ô˛ÔĂ©±đ˛ő

Le sexe consigné au dossier de la patiente ou du patient devrait correspondre à celui qui figure sur sa carte d’assurance maladie du Québec (RAMQ) ou sur tout autre document de santé ou d’assurance. Par conséquent, il n’est généralement pas nécessaire de poser directement cette question au patient (voir la recommandation no 1). Pour obtenir cette information, on doit plutôt demander au patient sa carte d’assurance maladie (ou tout autre document pertinent) lors de son inscription initiale.

La section d’identification devrait également comporter un espace destiné à des renseignements supplémentaires liés à l’identité du patient, notamment le nom qu’il préfère utiliser, son identité de genre et ses pronoms. La consignation de ces renseignements permet à toute personne consultant le dossier de s’adresser à la personne selon ses préférences, sans devoir lui poser d’autres questions. Toutefois, l’inscription de ces renseignements peut accroître le sentiment de vulnérabilité de certains patients. Il est donc essentiel d’obtenir le consentement de la patiente ou du patient avant de consigner tout renseignement personnel lié à son identité qui n’est pas exigé par l’Ordre des ergothérapeutes du Québec (OEQ) ou l’OPPQ.

Recommandation no 3
La clinicienne ou le clinicien, ou l’étudiante ou l’étudiant, doit tenir compte de ses propres besoins au moment de décider s’il est pertinent de mentionner son identité de genre ou ses pronoms lors d’une rencontre avec une personne soignée.

Au début de la rencontre, le clinicien ou l’étudiant doit se présenter en utilisant le nom par lequel il souhaite être appelé ainsi que son titre professionnel (ou, dans le cas d’un étudiant, son statut d’étudiant en ergothérapie ou en physiothérapie).

Avant de mentionner ses propres pronoms, toutefois, le clinicien ou l’étudiant doit évaluer si cette divulgation est appropriée en tenant compte du contexte ainsi que du point de vue et des besoins du patient, puis réfléchir aux répercussions positives ou négatives potentielles de cette information sur la relation thérapeutique. Le clinicien ou l’étudiant doit également prendre en compte ses propres besoins ainsi que la position de vulnérabilité dans laquelle il pourrait se placer en communiquant son identité de genre ou ses pronoms à un patient. La relation professionnelle n’exige pas qu’il communique des renseignements personnels sur son identité au-delà de ceux qui sont nécessaires à ses fonctions.

Certains cliniciens ou étudiants trouvent toutefois important de faire connaître leur identité de genre et les pronoms qu’ils utilisent, particulièrement s’ils sont fréquemment mégenrés. Ils doivent alors se sentir libres d’indiquer leurs pronoms si le patient a déjà indiqué son genre ou ses pronoms. Si ce n’est pas le cas, il est préférable de communiquer cette information à la toute fin de la rencontre, une fois que les besoins du patient ont été pris en compte. Par exemple, la personne traitante pourrait dire :

« Avant de terminer, je veux m’assurer que vous savez quoi faire à la maison ou d’ici notre prochaine rencontre et que vous n’avez pas d’autres questions à me poser. »

Attendez que le patient vous dise qu’il n’a plus de questions.

« Parfait. Avant votre départ, j’aimerais vous mentionner que, lorsque d’autres personnes parlent de moi, je préfère qu’elles utilisent les pronoms ___/___. Connaissez-vous ces pronoms? »

Le clinicien ou l’étudiant doit ensuite être prêt à répondre avec tact et professionnalisme aux questions que le patient pourrait lui poser. Il importe de garder à l’esprit que ce sujet n’est pas abordé de la même manière dans toutes les cultures et qu’il peut susciter de l’incompréhension chez certains patients.

Dans le pire des cas, si un patient réagit de façon négative ou agressive lorsque le clinicien ou l’étudiant indique ses pronoms, ce dernier a le droit de refuser de soigner cette personne (voir les références à la fin du présent document), sans autre obligation envers elle. Avant de prendre une telle décision, les étudiants en stage clinique doivent consulter leur superviseur ou superviseure clinique, mais ils peuvent compter sur son appui et sur celui de l’Université. Aucune forme de violence n’est tolérée dans nos milieux cliniques ou milieux d’apprentissage.

Recommandation no 4
Lorsqu’une discussion avec d’autres cliniciens porte sur une patiente ou un patient dont vous ne connaissez pas les pronoms, utilisez une formulation générique comme « la personne que je soigne » si vous devez préserver la confidentialité de cette personne; sinon, utilisez le nom de la personne.

Cette recommandation permet d’éviter l’emploi de pronoms et de préserver ainsi la dignité de tous les patients. L’utilisation de pronoms qui ne correspondent pas à ceux de la patiente ou du patient constitue une atteinte à cette dignité. À l’inverse, en utilisant des pronoms neutres, on risque de révéler involontairement des renseignements personnels sur le patient ou de susciter de la confusion et des suppositions susceptibles d’avoir des répercussions négatives.

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Contexte et raison d’être

Les soins centrés sur le patient reposent notamment sur une compréhension de l’identité, du mode de vie, des croyances et de la culture de la personne soignée. Cette compréhension contribue à l’établissement d’un lien de confiance et permet au patient de se sentir compris, valorisé et appuyé (Silverman et coll., 2013). Le genre et les pronoms constituent des aspects importants de l’identité de certains patients. Pour d’autres, ces questions occupent peu de place. En milieu clinique, il est essentiel que le clinicien prenne acte des valeurs et des croyances de ses patients, et les respecte.

Certaines publications élaborées avec la participation de partenaires et de groupes de défense des droits des personnes LGBTQ2S+ recommandent l’inscription au dossier médical du nom privilégié par le patient ainsi que de son identité de genre (Deutsch, 2016; Lane, 2019; Hill et coll., 2019). La plupart de ces publications n’indiquent toutefois pas comment aborder avec les patients les questions liées au genre et aux pronoms. Un guide produit par PT Proud, un comité de la section de l’administration et des politiques de santé de l’American Physical Therapy Association, fait exception à cet égard (Hill et coll., 2019). Les auteurs de ce guide conseillent aux cliniciens d’adopter l’une ou l’autre des approches ci-dessous, ou les deux :

  1. Se présenter en indiquant les pronoms qu’ils utilisent, invitant ainsi implicitement la patiente ou le patient à faire de même.
  2. Poser directement la question suivante à la patiente ou au patient : « Quels sont vos pronoms? »

Ces recommandations ont pour but de mettre tout le monde à l’aise et en confiance lorsque la personne soignée est membre de la communauté LGBTQ2S+. Elles reflètent également la tendance culturelle actuelle vers une ouverture des discussions sur l’identité de genre. À notre connaissance, toutefois, on n’a pas étudié les répercussions qu’aurait l’application généralisée de ces recommandations sur la satisfaction des patients à l’égard des soins reçus ou sur d’autres aspects de la relation entre le clinicien et le patient au sein de populations présentant une grande diversité de caractéristiques démographiques.

Pour souligner l’importance de ce dernier point, un sondage mené par l’Institut Angus Reid en 2023 a mis en évidence des divisions marquées dans la population canadienne quant à l’approche à adopter pour aborder les questions liées au genre (Institut Angus Reid, 2025). En effet, 66 % des répondants se sont dits en désaccord avec l’affirmation « tout le monde devrait indiquer ses pronoms (il, elle, iel) dans ses profils de médias sociaux et dans sa signature de courriel ». Les personnes qui entretiennent des convictions bien arrêtées à ce sujet peuvent réagir négativement, voire avec hostilité, lorsqu’on leur demande quels pronoms elles utilisent (Das, 2021). Que l’on partage ou non ces convictions, une telle réaction risque de nuire à la qualité des soins offerts à la patiente ou au patient.

D’autres patients peuvent être en questionnement quant à leur identité de genre et ne pas souhaiter s’identifier à un genre en particulier (OutRight Action International, 2021). Pour diverses raisons, d’autres personnes LGBTQ2S+ peuvent également ne pas être à l’aise de répondre à une question directe sur leur genre ou les pronoms qu’elles utilisent.

« Certaines personnes trans qui explorent leur identité ne souhaitent tout simplement pas en parler. D’autres ne connaissent pas la réponse. D’autres encore sont réellement indifférentes à la question. »

– Devon Price, psychologue social et auteur (Price, 2018)

Malgré l’évolution des mentalités en faveur d’un dialogue plus ouvert sur l’identité de genre et les pronoms, il demeure évident qu’il n’existe aucune approche universelle convenant à tous les contextes cliniques. Les recommandations formulées ici reposent donc sur le principe selon lequel les cliniciennes et cliniciens doivent prendre acte des points de vue propres à chaque personne soignée ainsi que de son droit de les exprimer, même lorsqu’ils ne les partagent pas. Comme l’indiquent Hann et coll., (2017) : « Pour l’ensemble des personnes soignées, l’approche des soins de santé devrait être empreinte d’ouverture, de compréhension et d’absence de jugement. » Le personnel clinique doit avant tout être à l’écoute de la personne soignée, et non poser des questions fermées dans le seul but de remplir un formulaire d’évaluation. Par ailleurs, aucun renseignement sur l’identité de genre d’une personne ne devrait être consigné sans son consentement explicite.

Nous présentons ci-dessous des références et des ressources qui aideront les cliniciennes et cliniciens actuels et futurs à traiter les personnes LGBTQ2S+ dans le respect de leur dignité.

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Institut Angus Reid (1er décembre 2025). Canadians split on gender identity and trans issues – 2023 culture-war poll.

Arcuri, G. (2025) Favoriser l’inclusion des personnes 2ELGBTQIA+ en ergothérapie : un appel à la transformation ancrée dans la justice occupationnelle. Ordre des ergothérapeutes du Québec

Association canadienne de physiothérapie (2020). Valeurs professionnelles fondamentales et comportements associés. Consulté le 6 juin 2022 à l’adresse

Das, L.T. (19 février 2021). Perspective | The inclusivity trap. Consulté le 4 mai 2022 à l’adresse

Deutsch, M.B., dir. Guidelines for the Primary and Gender-Affirming Care of Transgender and Gender Nonbinary People, 2e édition. 2016. UCSF Transgender Care, Department of Family and Community Medicine, Université de la Californie, San Francisco ()

Hann, M., Ivester, R. et Denton, G.D. Bioethics in Practice: Ethical Issues in the Care of Transgender Patients. Ochsner J. 2017; 17(2):144-145.

Hill, F., Pluss, AJ, Fons, L., Bell, K. et Condran, C. . 2019.

Lane, R. Developing inclusive primary care for trans, gender-diverse and nonbinary people. JAMC. 2019; 191(3): E61-E62.

Minkin, R. et Brown, A. (27 juillet 2021). Rising shares of U.S. adults know someone who is transgender or goes by gender-neutral pronouns. Pew Research Center. Consulté le 4 mai 2022 à l’adresse

OutRight Action International (26 août 2021). Terminology surrounding gender identity and expression. Consulté le 4 mai 2022 à l’adresse

Price, D. (1er mai 2018). When (& how) to ask about pronouns: Medium. Consulté le 4 mai 2022 à l’adresse

Silverman, J., Kurtz, S. et Draper, J. Skills for communicating with patients (3e éd., nouvelle version mise à jour). 2013. Radcliffe Publishing. ()

Autres ressources pour les interactions cliniques avec des patientsLGBTQ2S+

Cultural competence in the care of LGBTQ patients.Ěý
Bass, B. et Nagy, H. [Mise à jour le 9 octobre 2021]. Dans : StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL) : StatPearls Publishing, janvier 2022. Ce document peut être consulté à l’adresse suivante : .

Increasing cultural competence with LGBTQ patients.Ěý Margolies, L. et Brown, C. Nursing : juin 2019 – Volume 49, numĂ©ro 6, p. 34-40.Ěýdoi : 10.1097/01.NURSE.0000558088.77604.24 Ce document peut ĂŞtre consultĂ© Ă  l’adresse suivante : .

Glossary of Transgender TermsĚýSmith, L. [PubliĂ© le 20 novembre 2018]

What is gender affirmation?ĚýĚýĚý

Documentation on the Right of the Clinician (in Québec) to Refuse Care to a Patient

Éducaloi (2022). Consentir à des soins de santé ou les refuser. Consulté le 6 juin 2022 à l’adresse

Publications Québec (2022) Loi sur les services de santé et les services sociaux (titre II, chapitre I, article 6, avec quelques éléments de contexte tirés d’autres articles). Consulté le 6 juin 2022 à l’adresse

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