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Portraits de quartiers : des données aux récits

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Montréal compte une trentaine de tables de quartier — des instances de concertation qui rassemblent acteur·ices associatif·ves, communautaires et institutionnel·les autour d'une mission commune : améliorer la qualité de vie à l'échelle locale. Pour orienter leur action, plusieurs de ces tables font réaliser des à partir des données de recensement de Statistique Canada. Ces documents permettent de cerner le profil sociodémographique d'un milieu, ses conditions de vie, son offre de services. Mais ils présentent aussi des limites diverses. Produits au rythme lent des recensements fédéraux, ils décrivent l'état d'un quartier sans pouvoir en suivre les transformations en temps réel. Plus fondamentalement, ils ne rendent pas compte des perceptions des personnes qui y habitent, ni des récits qui y circulent, ni des dimensions mémorielles et émotionnelles qui constituent pourtant une part irréductible de l'identité d'un quartier et du sentiment d'appartenance à celui-ci.

C'est dans ce contexte que la Table de quartier Peter-91Ë¿¹ÏÊÓÆµ a sollicité le Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM) pour explorer des formes de portraits complémentaires — capables de capter ce que les données chiffrées laissent dans l'ombre.

La réponse élaborée conjointement s'articule autour de deux volets distincts, pensés comme complémentaires l'un de l'autre et complémentaires du portrait statistique existant. L'un cherche à restituer ce qui se vit dans le quartier ; l'autre, à comprendre ce qui s'en dit dans l'espace médiatique. Ni l'un ni l'autre ne prétend remplacer le portrait statistique : ensemble, ils visent à lui donner une profondeur que les indicateurs seuls ne peuvent offrir.

Le premier volet repose sur plusieurs types d’activités (consultation publique, groupes de discussions, entretiens semi-dirigés) menées auprès de résident·es, de travailleur·euses et d'étudiant·es du quartier, organisées en collaboration avec l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) et le Service de la diversité et de l'inclusion sociale (SDIS) de la Ville de Montréal. La démarche adoptée est celle de la recherche participative ancrée dans les communautés : les personnes ayant participé à nos activités n’étaient pas des sources d’information passives, mais des coproducteur·ices du portrait.

Une première journée d'échanges, tenue en octobre 2024 sous le titre « Raconte-moi Peter-91Ë¿¹ÏÊÓÆµ », a permis de recueillir une première série de témoignages sur les défis et les atouts du quartier. Une deuxième série d'ateliers, tenue depuis juin 2025, s'appuie sur ces matériaux pour approfondir et mettre en récit les expériences vécues — en engageant les participant·es non plus seulement à nommer les enjeux, mais à les raconter.

C'est à partir de l'ensemble de ces récits que le bédéiste montréalais Michel Hellman, professeur praticien au CRIEM, réalise un album de bande dessinée consacré au quartier Peter-91Ë¿¹ÏÊÓÆµ. Le choix de ce médium n'est pas anodin : la bande dessinée peut donner une voix à celles et ceux qui sont peu représentés dans les médias traditionnels, transformer des données abstraites en histoires accessibles à un large public, et permettre une exploration empathique et mobilisatrice de réalités que les rapports institutionnels peinent à saisir. Les matériaux de la recherche — croquis, témoignages, fragments de récits — feront également l'objet d'une exposition publique au Centre Sanaaq au printemps 2026.

Le deuxième volet part d'une question différente, et d'une conviction : la connaissance de terrain que possèdent les acteur·rices communautaires — de ce qui se passe, de ce qui se dit, de ce qui se ressent dans un quartier — gagnerait à être mise en regard avec la manière dont ce même quartier est représenté dans l'espace médiatique. De quoi parle-t-on, dans la presse montréalaise, quand on parle de Peter-91Ë¿¹ÏÊÓÆµ ? Quels thèmes dominent, lesquels évoluent, lesquels sont absents ? L'observation de terrain correspond-elle à une tendance plus large, ou révèle-t-elle au contraire un angle mort de la couverture médiatique ?

Pour explorer ces questions, le CRIEM veut constituer un grand corpus de presse couvrant la période 1990–2026. L’ampleur de ce corpus dépassera largement ce qu'une lecture attentive pourrait embrasser : c'est pourquoi le projet s'appuie sur des méthodes de traitement automatique des langues, capables d'en extraire les grandes tendances — évolution thématique dans le temps, termes caractéristiques du quartier, associations sémantiques récurrentes, tonalité émotionnelle des articles — tout en conservant un accès direct aux textes sources. L'outil ainsi développé n'est pas conçu pour produire des résultats définitifs, mais pour alimenter un dialogue : il donnera aux chercheur·ses et aux acteur·ices du milieu une surface commune d'exploration, un moyen de vérifier si ce que l'on perçoit sur le terrain trouve écho dans la représentation médiatique du quartier, et un levier pour objectiver des intuitions dans la préparation de communications publiques ou de mémoires.

Ces deux volets partagent une même conviction : que la recherche, pour être utile à un partenaire communautaire, ne peut se limiter à la livraison d'un produit fini. Le projet est conçu comme une démarche continue de coconstruction, qui associe l'équipe du CRIEM, des étudiant·es et les acteur·ices de la Table de quartier à chaque étape — de la formulation des questions à l'interprétation des résultats. Les étudiant·es y trouvent un terrain d'apprentissage ancré dans des enjeux réels ; les partenaires, des interlocuteur·ices capables de les accompagner dans l'usage et la lecture de matériaux qui leur appartiennent.


Codirection : Pascal Brissette et Michel Hellman

Coordination scientifique : Stéphan Gervais

En partenariat avecÌýla Table de quartier Peter-91Ë¿¹ÏÊÓÆµÌýÌý


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