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Les plantes conservent une « mĂ©moire gĂ©nĂ©tique » des »ĺĂ©ł¦lins passĂ©s de leurs populations

L’analyse du profil génétique peut permettre aux spécialistes de la conservation de repérer les populations les mieux outillées pour faire face aux changements environnementaux, aux changements d’affectation des terres et aux maladies
±ĘłÜ˛ú±ôľ±Ă©: 12 February 2026

Des scientifiques de l’UniversitĂ© 91ËżąĎĘÓƵ et du ont constatĂ© que les plantes dont les populations ont connu de fortes baisses par le passĂ©, sous l’effet des activitĂ©s humaines, conservent dans leur ADN des traces de ces Ă©pisodes, notamment une diversitĂ© gĂ©nĂ©tique rĂ©duite. Or, cette diversitĂ© permet aux espèces de s’adapter aux changements climatiques, aux maladies et Ă  d’autres facteurs perturbateurs. Ainsi, pour dĂ©finir des mesures de conservation, il ne suffirait pas de prendre en compte la taille d’une population et son habitat; il faudrait aussi prendre en considĂ©ration son hĂ©ritage gĂ©nĂ©tique.

« Ă€ première vue, deux populations peuvent sembler aussi vigoureuses l’une que l’autre. Pourtant, l’une pourrait ĂŞtre beaucoup plus vulnĂ©rable aux changements environnementaux Ă  venir parce que sa diversitĂ© gĂ©nĂ©tique est faible et que ses individus ont un bagage gĂ©nĂ©tique peu brassĂ©. Dans ce cas, la population peut avoir de plus en plus de mal Ă  s’adapter aux conditions changeantes », explique Daniel Schoen, coauteur de l’étude et professeur titulaire de la Chaire en botanique Sir-William-C.-Macdonald au sein du DĂ©partement de biologie de l’UniversitĂ© 91ËżąĎĘÓƵ.

« D’après nos recherches, dans des paysages fragmentĂ©s, des »ĺĂ©ł¦isions de conservation fondĂ©es uniquement sur la taille des populations ou la superficie de l’habitat peuvent laisser passer des risques gĂ©nĂ©tiques cachĂ©s, surtout chez des espèces vĂ©gĂ©tales capables d’établir de nouvelles populations par autopollinisation », ajoute-t-il.

Ce que l’ADN peut révéler du passé d’une population

Grâce à des études antérieures, nous savons déjà que la fragmentation des habitats causée par l’humain peut nuire aux populations végétales. L’équipe de recherche s’est plutôt intéressée à l’évolution de ces populations dans le temps, et notamment à leur résilience.

Les chercheurs ont analysé la génétique des populations d’Impatiens capensis (l’impatiente du Cap), plante indigène répandue en Amérique du Nord. Ils ont prélevé des échantillons dans de petites parcelles isolées, entourées de terres agricoles et de zones urbanisées. Bien que l’espèce ne soit pas menacée, l’équipe l’a choisie parce qu’elle peut se reproduire par autopollinisation.

L’équipe a d’abord Ă©tabli un gĂ©nome de rĂ©fĂ©rence (une sorte de plan gĂ©nĂ©tique) Ă  partir de plants provenant de diffĂ©rentes parcelles d’impatientes du Cap dans des forĂŞts alluviales et des milieux humides du Wisconsin. Ă€ partir de ce gĂ©nome de rĂ©fĂ©rence, l’équipe a reconstituĂ© l’histoire de chaque population grâce Ă  des modèles dĂ©mographiques. En examinant la frĂ©quence des diffĂ©rentes variantes gĂ©nĂ©tiques au sein de chaque population, ils ont pu repĂ©rer des pĂ©riodes de croissance, de »ĺĂ©ł¦lin et de rĂ©tablissement.

Dans le bagage gĂ©nĂ©tique, ils ont constatĂ© des diffĂ©rences marquĂ©es attribuables au passĂ© des populations, selon que ces populations aient Ă©tĂ© fondĂ©es par très peu d’individus ou qu’elles soient en train de se reconstituer après des perturbations, comme des inondations. Les populations ayant subi moins d’épisodes de »ĺĂ©ł¦lins de population marquĂ©s (« goulots d’étranglement »), ou ayant eu davantage de temps pour se rĂ©tablir, se caractĂ©risaient par une diversitĂ© gĂ©nĂ©tique plus grande, une consanguinitĂ© plus faible et un gĂ©nome plus remaniĂ© par recombinaison. Ă€ l’inverse, les populations qui avaient subi des »ĺĂ©ł¦lins plus importants, ou qui avaient eu moins de temps pour se rĂ©tablir, affichaient une diversitĂ© plus faible, une plus grande consanguinitĂ© et un gĂ©nome moins recombinĂ©.

« On peut voir chaque génome comme un jeu de 52 cartes : dans les populations où il y a eu moins de brassage, de longues suites restent dans le même ordre, tandis que dans les populations qui sont plus nombreuses et qui ont plus de temps pour se rétablir, il y a davantage de recombinaisons, illustre Daniel Schoen. Dans les populations où le génome a moins été recombiné, l’adaptation est plus limitée parce que des variantes favorables demeurent plus souvent enfermées dans de grands blocs d’ADN liés entre eux, plutôt que d’être recombinées librement et sélectionnées indépendamment. »

« Ces différences persistent pendant de nombreuses générations et ne s’expliquent pas seulement par la taille actuelle du groupe », précise-t-il.

Vers de meilleures pratiques de conservation

L’équipe de Daniel Schoen et le de la professeure Anna Hargreaves, de l’UniversitĂ© 91ËżąĎĘÓƵ, s’intĂ©ressent aujourd’hui Ă  une espèce vĂ©gĂ©tale rare, le Lupinus perennis (lupin vivace), qui pourrait ĂŞtre en »ĺĂ©ł¦lin ou Ă  risque au Canada. Cette plante sert aussi d’hĂ´te au mĂ©lissa bleu, une espèce de papillon en voie de disparition.

Daniel Schoen estime que ce type d’étude peut permettre d’orienter des »ĺĂ©ł¦isions sur l’utilisation des terres, la restauration des habitats et les efforts de conservation.

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L’article « », par Daniel Schoen et Rachel Toczydlowski, a été publié dans New Phytologist.

Cette étude a été financée en partie par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et le United States Forest Service du U.S. Department of Agriculture.

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