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Questions-réponses avec Nadia Collette : Le pouvoir de l'art-thérapie dans les soins palliatifs

La pratique de l'art-thérapie de la Dre Nadia Collette englobe bien la nature des soins holistiques : grâce à son expérience en art-thérapie, en accompagnement du deuil, en biologie et en accompagnement spirituel, elle est parfaitement armée pour aborder les soins palliatifs dans une perspective holistique. Dans sa prochaine conférence intitulée « L'art-thérapie en fin de vie : quand l'intangible devient tangible », la Dre Collette explique comment, grâce à la relation entre l'art, la science et la spiritualité, les patients en soins palliatifs peuvent trouver une certaine paix et un certain réconfort. Elle partage ici avec nous certaines de ses réflexions.

Lexa Frail (LF): Tout d'abord, pourriez-vous nous parler un peu de votre intervention ?

An older woman in round glasses.
Dr. Nadia Collette
Nadia Collette (NC) : Les sessions d’art-thérapie que je propose se dirigent aux patients d’une Unité de Soins Palliatifs d’un Hôpital universitaire, en mode individuel et aussi, occasionnellement, en compagnie d’un proche soignant. Ce sont des expériences de créativité à partir de matériels et de techniques artistiques, surtout visuels et tactiles, comme le pastel, l’aquarelle, le collage, la pâte à modeler ou la contemplation de reproductions d’œuvres d’art.

Mon intervention est personnalisée en fonction d’objectifs thérapeutiques, qui dépendent de l’état général, des besoins et des préférences de la personne. Les créations sont destinées à explorer et exprimer le monde intérieur à l’aide de couleurs, de formes, de textures ou de compositions. C’est la personne elle-même qui, librement, interprète sa production artistique. Mon rôle est de l’orienter avec respect et de l’accompagner dans cette tâche.

LF : Comment avez-vous constaté que l'art-thérapie pouvait changer l'expérience des patients en fin de vie ?

NC : Durant les pratiques de ma formation en art-thérapie, il y a plus de vingt ans, j’avais pu apprécier une attitude très réceptive de la part des patients en fin de vie et, en général, une réponse d’encouragement à poursuivre dans cette direction. Les personnes se surprenaient de constater leur capacité créative, indépendamment de toute habilité technique, qui n’est absolument pas requise. Comme art-thérapeute professionnelle à l’Unité, j’ai pu progressivement mettre au point avec l’équipe sanitaire des protocoles d’investigation, qui nous permettent d’évaluer scientifiquement les effets de mon intervention.

Nous avons observé une réduction significative de l’anxiété, la tristesse et la douleur et une amélioration du bien-être. Il y a un degré élevé de satisfaction vis-à-vis de l’activité et la verbalisation d’un plaisir dans l’action et le regard sur l’art, en présence d’une relation de confiance avec l’art-thérapeute. L’interprétation des créations peut aider la personne à dégager un sens sur sa situation de fin de vie.

LF : Quels sont les défis liés à l'intégration de l'art-thérapie dans les services de soins palliatifs ?

NC : Un défi important en milieu hospitalier est lié à la durée de séjour des patients. Il y a une certaine pression de la part des services de gestion pour des autorisations de sortie les plus rapides possibles. La perspective biomédicale domine souvent, avec comme objectif principal le soulagement des symptômes physiques. Cela rend plus difficile d’approfondir le processus d’art-thérapie dans son exploration émotionnelle et spirituelle au rythme propre à chaque personne.

Un autre défi est la pleine compréhension de la discipline de la part de l’équipe interdisciplinaire. Parfois la vision est réduite à la fonction d’une occupation de temps libre par des travaux manuels et d’une évasion afin de récupérer une certaine bonne humeur, en fin de compte quelque peu artificielle. C’est une vision qui tend avec bonne intention à la positivité constante, mais qui est un peu infantilisante et ne tient pas suffisamment compte qu’il est aussi possible d’élaborer les émotions douloureuses par l’expression artistique.

Enfin, une difficulté concrète dans mon pays est celle d’obtenir le financement de professionnels d’art-thérapie pour travailler dans les services de soins palliatifs.

LF : Dans votre monde idéal, à quoi ressemblerait la collaboration entre l'art-thérapie, les cliniciens et le reste de l'équipe interdisciplinaire ?

NC : Ce serait idéal de pouvoir collaborer à temps complet avec l’équipe et que tous les membres de celle-ci aient une vision de la discipline la plus claire possible. Cela signifie qu’elle serait perçue comme une thérapie intégrative qui englobe différents niveaux d’approfondissement du travail des perceptions, émotions et réflexions de chaque personne en fonction de ses besoins thérapeutiques. Dans cette perspective, les cliniciens dans leurs visites aux patients et familles s’informeraient plus fréquemment au sujet de leur satisfaction et perception d’utilité spécifique de l’intervention. Cela entraînerait une répercussion positive sur la valeur attribuée aux sessions. Il serait aussi plus courant que les collègues sanitaires considèrent indiquée l’art-thérapie comme une forme d’intervention spirituelle, une dimension des personnes parfois difficilement abordée en soins palliatifs.

Depuis les années de collaboration dans mon équipe, nous avons surmonté ensemble une partie des défis et je pense que l’art-thérapie est assez bien intégrée.

LF : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter ?

NC : Malgré certaines difficultés, j’aimerais insister sur le fait que je considère comme un grand privilège pouvoir travailler en soins palliatifs dans le cadre de la santé publique.

La Dre Collette fera sa présentation le 18 février, de 12 h à 13 h. Sa conférence aura lieu en personne à la Résidence de soins palliatifs Teresa Dellar ou sur Zoom via le lien d'inscription au Conférences scientifiques en soins palliatifs. Cette conférence sera présentée en français.

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