91Ë¿¹ÏÊÓÆµ

Entretien avec Shari Baum

« Il est important de faire ce qui vous intéresse le plus, de persévérer et de ne pas prendre le rejet personnellement. »

Headshot of Dr. Shari Baum

Shari Baum est professeure à l'École des sciences de la communication humaine de l'Université 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ. Animée par la volonté de construire et de soutenir la communauté des chercheurs, elle a fondé le CRBLM il y a plus de vingt ans. Elle revient ici sur l'enthousiasme que lui a procuré le poste de directrice fondatrice du CRBLM et sur la satisfaction que lui procurent l'évolution et l'expansion du centre. Elle évoque également son propre intérêt pour la recherche sur la parole et le cerveau, ainsi que l'évolution de son travail au fil du temps. Elle conclut sur une note positive : malgré les défis qu'il représente, le travail universitaire est en fin de compte très gratifiant.

Site web du laboratoire : /neurolinguistics-lab/frÌý

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J'aimerais beaucoup connaître les débuts du CRBLM. Je suis curieuse de savoir ce qui vous a amenée à créer le centre et ce que cela a représenté d'en être la directrice fondatrice.

À la fin des années 1990, la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) a été lancée. C'était l'occasion d'obtenir des infrastructures pour la recherche, et au Canada, il y avait eu très peu d'occasions avant cela d'obtenir un financement pour des équipements. Nous avons donc réuni tout un groupe de personnes de 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ, dont les travaux étaient axés sur le langage. Il y avait à l'époque un certain nombre de personnes en psychologie, quelques personnes dans un département qui n'existe plus, qui s'appelait autrefois l'enseignement des langues secondes, en linguistique, ainsi qu’à l'école des sciences de la communication humaine. Nous avons rédigé la demande ensemble et, chose remarquable, nous avons obtenu le financement. Tout cela pour expliquer comment le centre a vu le jour... J'étais soudainement au courant de toutes les personnes qui, à 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ, menaient des recherches sur les différents aspects du langage. Puis, au cours de l'année ou des deux années suivantes, une agence de financement québécoise, aujourd'hui le FRQ, a offert la possibilité de financer des centres de recherche. J'étais énergique et très engagée dans la recherche à l'époque, et j'étais très intéressée à faire des choses qui aideraient la communauté des chercheurs. Je me suis donc dit que je pouvais le faire - je connaissais maintenant une trentaine de personnes à 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ qui travaillaient sur le langage, ainsi que quelques personnes de Concordia et de l'Université de Montréal, et je les ai toutes incluses dans cette demande de financement de centre de recherche. Je crois que la première année, nous n'avons pas été retenus, mais nous avons fait une nouvelle demande et nous avons été financés, ce qui nous a permis de créer un nouveau centre de recherche sur le langage, l'esprit et le cerveau. C'était vraiment une excellente occasion de rassembler du monde et d'améliorer le travail interdisciplinaire. Nous avons commencé à organiser des activités et des réunions, ce qui nous a permis de rencontrer davantage de personnes, tant à 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ que dans toute la ville, qui travaillaient sur des sujets connexes, mais ne se connaissaient pas vraiment.

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Ça a dû être passionnant de voir cette communauté commencer à se construire et d'en être un élément important.

Oui, c'était formidable. J'ai eu l'occasion d'élargir mon réseau, et c'était une période passionnante parce qu'avant cela, 91Ë¿¹ÏÊÓÆµ avait connu une certaine détresse financière, de sorte qu'il n'y avait pas eu beaucoup d'embauches de professeurs ni beaucoup d'opportunités d'expansion. Mais le centre nous a donné un coup de pouce qui nous a permis de faire plus de choses, d'attirer de nouvelles chaires de recherche du Canada et de faire connaître plus largement la recherche sur le langage et le cerveau.

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C'est vrai, c'était une chance incroyable, non seulement pour vous, mais aussi pour toutes les autres personnes qui ont pu s'impliquer. C'est formidable ! Comment avez-vous vu le centre évoluer au fil des ans, et quand la musique est-elle entrée en jeu ?

Lors de notre premier renouvellement, nous avons discuté avec Isabelle Peretz et Robert Zatorre, qui venaient de créer le BRAMS (Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son). Nos centres d'intérêt se chevauchaient, alors nous nous sommes réunis avec eux et nous nous sommes dit que nous augmenterions nos chances d'obtenir un financement en élargissant notre champ d'action et en incluant ces grands chercheurs qui travaillaient également sur la perception auditive. Le FRQ (organisme de financement du Québec) s'est montré réceptif à cette idée. Ce fut donc un important changement en termes d'élargissement des domaines de recherche inclus et d'examen des parallèles entre le traitement de la musique et du langage. C'est à ce moment-là que nous avons changé de nom pour devenir le Centre de recherche sur le cerveau, le langage et la musique.

Depuis lors, le nombre de membres du centre a augmenté de façon exponentielle, et un certain nombre d'anciens étudiants qui se sont retrouvés à différents endroits, comme à Laval ou dans d'autres universités du Québec, se sont joints au centre et ont ensuite créé des nœuds plus importants dans ces endroits. Lorsque Lucie Ménard est arrivée à l'UQAM, nous l'avons impliquée, et elle a engagé plusieurs autres personnes à l'UQAM, ce qui a fait d'elle un partenaire majeur dans toute l'opération. Vous savez, je pense que les choses ont évolué au bénéfice de tout le monde. Aujourd'hui, en plus des thèmes généraux, le centre a également quelques centres d'intérêt ciblés qui ont émergé de manière organique, comme l'initiative montréalaise sur le bilinguisme et l'initiative sur les implants cochléaires.

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Oui, cela a vraiment donné aux chercheurs un réseau dans lequel ils peuvent puiser, ce qui est formidable.

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de vos propres intérêts de recherche ?

J'ai toujours été intéressée par le langage et le cerveau, par les réseaux cérébraux impliqués dans les différents aspects du traitement de la parole et du langage. Lorsque j'ai commencé, j'ai étudié des patients souffrant de lésions cérébrales, c'est-à-dire principalement des personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral et souffrant d'aphasie. J'ai réalisé toutes sortes d'études sur la production de la parole, la reconnaissance des mots et le traitement des phrases, en utilisant les patients comme une fenêtre sur le cerveau. Ensuite, lorsqu'il est devenu un peu trop difficile de recruter cette population, en particulier des patients dont l'anglais était la langue maternelle et qui n'étaient pas multilingues, j'ai commencé à utiliser l'EEG (électroencéphalographie) et l'IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) pour étudier divers aspects du traitement du langage et leurs substrats neuronaux sous-jacents. Plus récemment, j'ai encore changé d'orientation, en me concentrant davantage sur le bilinguisme et le multilinguisme. Je cherche à savoir comment le cerveau change lorsqu'on apprend une deuxième langue, et comment l'apprentissage d'une deuxième langue peut favoriser la réserve cognitive, en particulier maintenant que je vieillis rapidement. Mais il s'agit toujours de la même question générale, avec un accent particulier sur la parole, comme la phonétique et la prosodie.

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Vous vous êtes donc toujours intéressée à la parole et au cerveau, et vous avez trouvé différentes façons d'aborder cette question. Vous avez eu une carrière longue et accomplie, alors je suis curieuse de savoir ce qui vous rend la plus fière.

Je pense que deux choses me viennent à l'esprit. La première est d'avoir réussi à créer le CRBLM et de l'avoir vu prospérer, car je n’avais pas imaginé, il y a 25 ans, qu'il resterait en activité aussi longtemps. Et je suppose que l'autre chose – et je ne sais pas si c'est ce que moi j'ai accompli – ce sont les étudiants. Vous savez, travailler avec des étudiants formidables, ou moins formidables, qui finissent par accomplir de grandes choses. Des étudiants qui deviennent des leaders dans leur domaine. Ils suscitent des idées nouvelles et me font réfléchir à des choses que je n'aurais jamais envisagées, et c'est vraiment gratifiant de les voir progresser.

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Et certains de ces étudiants deviennent également vos collègues, n'est-ce pas ?

Oui, certainement. Par exemple, Marc Pell a été mon premier doctorant et, en fin de compte, il a été non seulement un collègue, mais aussi le directeur de l'école des sciences de la communication humaine, donc mon patron. De nombreuses personnes que j'ai supervisées, ou dont j'ai fait partie des comités, ont fait de grandes choses par la suite, alors c'est vraiment agréable de voir cela, et j'espère que nous aurons un impact à long terme d'une manière ou d'une autre en tant que superviseurs.

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Et bien, entre le CRBLM et tous les étudiants que vous avez supervisés, vous laissez certainement un héritage. Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux étudiants et aux futurs chercheurs dans ce domaine ?

Je dirais qu'il est important de faire ce qui vous intéresse le plus, de persévérer et de ne pas prendre le rejet personnellement. Faites ce qui vous intéresse et ce qui vous motive, et en fin de compte, le bon travail sera récompensé. Vous savez, le travail académique est l'un des meilleurs emplois qui soient – non pas que j'en aie eu beaucoup d'autres – mais vous jouissez d'une liberté et d'une flexibilité extraordinaires, vous apprenez sans cesse de nouvelles choses et le contact avec les étudiants vous tient vraiment en haleine. Donc, malgré les choses négatives que l'on peut entendre sur la difficulté d'obtenir une titularisation, des subventions et tout le reste, j'encourage les gens à penser que c'est une vie qui vaut la peine d'être poursuivie.

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